Race. Ethnie. Culture. Ethno-différentialisme

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Tout d’abord, donnons ici une brève définition des termes racialisation et racisme.

La racialisation consiste à donner un caractère racial à quelque chose, ce qui nous amène à la définition de la race : à l’origine il s‘agit d’une nomenclature biologique consistant en une sous- catégorie à l’intérieur de l’espèce dans la classification du règne animal.

Appliquée à l’homo sapiens, il s’agit d’une vieille croyance, aujourd’hui réfutée [1], selon laquelle l’espèce humaine se subdiviserait en races, reconnaissables à plusieurs marqueurs physiques, et discriminant plusieurs catégories, hiérarchisées ou non, d’êtres humains.

La race, au sens où nous l’entendons, est donc une nomenclature, un système d’assignation des individus à une catégorie, socialement produite, basée sur des marqueurs physiques/biologiques et/ou ethnoculturels [2].

Cette assignation se fait en fonction d’une norme dominante (la blancheur en l’occurrence) et d’une déviance à cette norme. Cette norme instaure une différenciation et/ou une hiérarchisation entre individus et entre groupes sociaux. »
Cependant la race n’est pas un système de séparation binaire mais fait exister plusieurs catégories et sous-catégories (noirs, arabes, juifs, asiatiques, hindous etc.) le long d’un continuum de marqueurs hétérogènes (couleur de peau, morphologie, noms, langue, culture, religion, habitudes alimentaires, allure vestimentaire etc.) et qui dépend également des sphères sociales (on peut être blanc pour quelqu’un et racisé pour un autre).

Race(s) est ainsi à la fois le terme utilisé pour parler des catégories du dispositif, et de ce dispositif lui- même, et la racialisation désigne l’usage d’un tel dispositif et de telles catégories.

Par racisme nous entendons les rapports sociaux effectifs relevant de ce système qu’est la race, qu’ils prennent la forme des comportements sociaux, des discours ou des productions idéologiques.

Il peut exister plusieurs formes de racismes, c’est-à-dire de comportements, de discours ou d’idéologie racistes, mais tous ont en commun le fait de fonctionner sur un système de race.

Pour le dire différemment le racisme est l’ensemble des manifestations sociales, des formes d’oppressions, fondées sur un système de race.

La race est donc à l’origine une catégorisation biologique censée déterminer les comportements sociaux et culturels.

Pour ce qui est de la catégorisation des êtres humains en fonction de marqueurs dits culturels on préfère habituellement le terme d’ethnie ou d’ethnicisation.

Le premier problème est que l’on réduit trop souvent la culture à un phénomène ethnique, ce qui permet à ce terme, ainsi qu’à celui d’ethnie, de devenir de simples euphémisations du racisme.

Cette dichotomie race/ethnie – racialisation/ethnicisation se révèle vite problématique.

La race est un concept biologique aujourd’hui tombée en discrédit dans les centres historiques d’accumulation du capital, notamment depuis sa mise en œuvre politique par le régime nazi au 20e siècle, ainsi que du fait de l’histoire de la ségrégation raciale dans plusieurs pays, comme les U.S.A ou l’Afrique du sud.

Du fait de ce discrédit officiel du discours raciste biologique, le racisme, telle qu’il se dessine à l’heure actuelle en France, se rabat sur une catégorisation qu’on pourrait a priori plutôt qualifier d’ethnique, parce que reposant sur des marqueurs culturels.

Sauf que, premièrement, la culture est un phénomène social et pas ethnique. Par exemple, on ne peut pas imputer aux français musulmans, même issus de l’immigration, des comportements sociaux qui dériveraient de leur culture sans prendre en compte le fait que, en tant que français, ils ont été socialisés en France, dans les institutions et la société françaises.

A ce sujet lire notre article : C’est toujours les mêmes !

Ensuite la distinction racisme biologique/culturel n’est pas si simple dans la mesure où les personnes ethnicisées en l’occurrence sont les mêmes personnes que celles- qui étaient visées par « l’ancien » discours raciste biologique.

Or, le simple changement du mode de discours ne suffit pas à changer les rapports sociaux qu’il recouvre : il ne suffit pas de remplacer le mot arabes  par le mot musulmans pour changer la mécanique raciste mettant en branle ce discours, d’autant plus que la catégorie d’arabes n’est jamais totalement remplacée, elle est simplement dissimulée derrière la catégorie de musulmans et ne demande qu’à ressortir dès que le discours se fait plus « décomplexé » (comme on dit désormais poliment).

En revanche, ce que ce changement sur le mode d’avantage ethnique que racial des marqueurs sociaux permet c’est bel et bien d’invisibiliser le racisme en le faisant opérer à couvert de ce déplacement de discours, et permet en outre d’amalgamer désormais beaucoup plus de monde que sous la catégorie d’arabe seule.

Ce déplacement peut présenter des inconvénients à la lutte antiraciste, dont nous pouvons par exemple ici donner un exemple avec le terme islamophobie qui désigne la variante, déguisé sous un discours culturaliste, du racisme colonial à l’égard des personnes assignées arabes et/ou noirs.

D’un côté, comme on nous l’a fait remarquer, ce terme a l’inconvénient de remplacer le terme pur et simple de racisme par un terme plus vague, ce qui permet à certains (comme Véronique Genest) d’assumer son islamophobie [3] sans assumer les accusations de racisme.

D’un autre côté ce terme à l’avantage d’être plus précis que le terme racisme en indiquant de quel racisme il s‘agit spécifiquement : à savoir le racisme à l’égard des personnes apparentées musulmanes, c’est-à-dire en France majoritairement les arabes et les noirs, sous le prétexte de la différence de culture.

Difficile de trancher. Faute d’avoir une opinion définitive sur les termes les plus politiquement pertinents à employer on peut trouver un compromis en utilisant le terme complet de racisme islamophobe.

Dans tous les cas, la culture est, dans cette optique, ramenée à un phénomène purement ethnique, c’est-à-dire racial, alors que la culture est un phénomène social complexe : l’argument de la culture est donc ce que nous appellerons une euphémisation du racisme, qu’on peut appeler l’ethno- différentialisme ou ethno-pluralisme [4].

Le racisme ne peut donc pas être réduit au vieux racisme biologique, de même qu’on ne peut plus réellement établir une distinction tranchée entre racisme biologique et racisme culturel. L’ethno-différentialisme semble être le modèle désormais dominant du racisme dans les centres historiques d’accumulation du capital. Ce racisme brouille les cartes en utilisant majoritairement des catégorisations basées sur un argumentaire culturaliste, lui-même basé sur une conception réductrice et différentialiste de la culture comme phénomène non pas social mais ethnique.

Cet article avait surtout pour but de poser ces premières bases de réflexions. D’autres articles suivront sur le même sujet pour l’approfondir.

Toute remarque est la bienvenue.

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NOTES

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[1] André Langaney. Le concept de race peut-il s’appliquer aux humains ? in Sciences et avenirs hors- série N°183. 15 octobre 2015.
Disponible sur :
http://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/anthropologie/20150928.OBS6633/le-concept-de-race-peut-il-s-appliquer-aux-humains.html

[2] Ceci implique que l’on ait préalablement réduit la culture à un phénomène ethnique, donc racial, plutôt que social. Sur la question de la culture d’autres articles sont en préparation.

[3] Jean- Marc Morandini. Vous êtes en direct. 17 septembre 2012.
https://www.youtube.com/watch?v=B_yhzeNi3OI

[4] Alain de Benoist. Identité, égalité, différence. In Critiques. Théoriques. p409. (Editions l’âge d’homme). 2003.
Alain de Benoist. Entretien avec le magazine Zinnober. 2004.
http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fwww.alaindebenoist.com%2Fpdf%2Fentretien_avec_le_magazine_zinnober.pdf

 

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