Le Biopouvoir

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Ici nous allons essayer de formuler une hypothèse personnelle sur la façon dont on peut croiser une certaine lecture des conclusions de recherche de Michel Foucault avec une analyse marxiste.

Pour cela nous allons devoir faire de la simplification car le concept de Biopouvoir peut donner lieu à des développements très complexes, d’autant plus que nous allons l’utiliser dans un sens bien précis qui pourrait être discuté.

Selon Michel Foucault la population n’est pas un concept trans- historique mais une construction relativement récente [1] et qui correspond donc à des objectifs de gouvernement contemporains.

Si on lit un ouvrage aussi fondamental pour l’histoire de la théorie politique que Le Prince, de Nicolas Machiavel, il apparaît que la question principale de l’objectif de gouvernement qui y est posée est la question du territoire : comment l’acquérir et comment le conserver ?

Ce que l’on peut appeler population [2] n’apparaît pas, tout au long du livre de Machiavel, comme ce que l’on doit gouverner mais, à la rigueur, ce contre quoi on doit gouverner : le peuple est vue comme une menace à gérer dans l’art de gouverner mais pas l’objectif  du gouvernement.

Comment expliquer l’émergence du concept de population et que penser de sa signification ?

L’hypothèse que nous proposons ici est que l’économie féodale faisait de la terre la principale source de richesse dans la mesure où l’économie était majoritairement basée sur l’agriculture.

Le territoire, son acquisition et sa conservation, constituait donc l’objectif principal du gouvernement.

Avec l’économie capitaliste, c’est-à-dire avec le passage d’une économie agricole à une économie industrielle, c’est désormais la force de travail qui est vue comme la source de richesse.
Le territoire perd sa centralité dans la réflexion et la pratique politique, au profit de la population, terme sous lequel on désigne en fait désormais la force de travail.

Or cette force de travail doit être doublement produite et reproduite, comme nous l’avons vu plus bas.

De façon journalière : il faut que les travailleurs soient assez en forme pour travailler.

De façon générationnelle : il faut assurer suffisamment de naissances pour reproduire les classes laborieuses etc.

Ainsi, cette force de travail, dont découle la richesse, dépend de déterminants et de facteurs biologiques : santé, hygiène, naissances, mortalités, bien- être physique ou psychologique etc.
De ce fait, le mode de gouvernement propre au capitalisme va devoir intégrer le concept de vie (bios en grec) comme phénomène à gérer pour s’assurer une quantité suffisante de force de travail.

D’où le nom de « Biopouvoir » et son lien étroit avec le capitalisme.
Cela s’accompagne du développement d’un certain nombre de disciplines et d’outils comme la démographie, la statistique, la sociologie, la médecine, les campagnes de prévention, la notion d’hygiène publique etc.

Bref, si l’on veut comprendre l’idée de biopouvoir au sens où nous l’utilisons pour notre hypothèse il faut comprendre l’idée d’une modification de l’objet politique entre l’ancien régime et la société capitaliste : le passage d’un gouvernement centré sur le territoire vers un gouvernement centré sur la population, c’est-à-dire la force de travail, donc renvoyant à la notion de vie au sens très large du terme.

Cette hypothèse semble politiquement très séduisante, la tentation est donc grande de se contenter de chercher des éléments qui iraient dans son sens plutôt que des éléments qui pourraient la réfuter.

Il s’agit cependant d’une hypothèse, donc d’une simple piste de recherches.

Or si ces recherches étaient rigoureusement menées, elles conduiraient peut-être rapidement à démontrer l’invalidité de cette hypothèse, ou en tout cas à la nuancer fortement.

Mais cette hypothèse aurait, en tous cas, eu le mérite de conduire à ces recherches et c’est ainsi que l’on procède scientifiquement : on fait des observations et des recherches préliminaires, on formule quelques hypothèses qui servent de piste, on essaie de démontrer que ces hypothèses sont fausses.
Si on n’y arrive pas, et que d’autres personnes échouent également à les invalider, on peut les tenir pour pertinentes faute de mieux.

Lire l’article au format .pdf ici

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NOTES

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[1] Michel FoucaultSécurité, territoire, population. Leçon du 18 janvier 1978. p44. (Editions Gallimard- Seuil. Collection « Hautes études »).

[2] Le terme popolazione n’apparaît quasiment pas dans la seule édition italienne que nous avons pu consulter gratuitement sur Internet et dont nous donnons le lien ici :http://www.letteraturaitaliana.net/pdf/Volume_4/t324.pdf
Cependant, bien que ce texte soit en italien, rien n’indique qu’il s’agisse d’une version originale du texte et non d’une version traduite en italien moderne, le texte original étant paru en 1553.

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